____ Tu te lèves, les cheveux encore tout décoiffés. Tu es vraiment belle, à la timide lumière qui éclaire la chambre. Je l'avais presque oublié. J'ai toujours voulu le meilleur pour toi, et aussi le meilleur de toi. J'ai toujours placé la barre un peu trop haute entre nous. Je le regrette un peu. Mais aujourd'hui je ne le ferai plus. Laissons les méandres de la vie, nous emporter là où ils veulent.
____ Je me lève à mon tour. J'arrive dans le salon, puis me dirige vers la cuisine. Tu cuisines. En voilà, une nouveauté. Tu as changé sur ce point-là. Reste à voir la qualité de ta cuisine. Te connaissant, je sais que ça allait être excellent. Quand tu entreprenais quelque chose, tu excellais toujours. J'ai toujours été assez jalouse ce côté-là chez toi. C'est surement pour ça que je plaçais la barre haute, voire, très haute avec toi. Comme tu ne m'entends pas entrer dans la cuisine, je m'approche de toi, et je te saisis les hanches. Je colle ma bouche sur ta nuque, et y dépose un timide baiser. Puis mon souffle rentre en contact avec ta peau, et je vois un frisson glisser sur ta peau. Moment sensuel. Tu essaies de faire comme si cela ne te faisais rien, mais en réalité c'était tout le contraire. Tu veux juste résister, attendre, me faire languir. Juste pour m'avoir encore. Et tu as raison de me faire attendre. Tu nous fais attendre. Pourtant je sais que tu en meurs d'envie comme moi, si ce n'est même encore plus...
____ On n'aimait pas parler le matin. C'est toujours pareil aujourd'hui. Faut avouer qu'avec le petit déjeuner que tu as préparer, on avait pas vraiment l'envie ni le temps de parler. Mes aprioris ce sont révélés être vraiment, parce que c'était vraiment délicieux. Tu me surprendras toujours, décidément.
____ On part se préparer. On ne sait pas vraiment à quoi on se prépare. Peut-être que l'on ne passera pas la journée ensemble. Tu t'enfuies dans la salle de bain pendant que je m'habille. Quand tu es rentré dans la chambre, et que je t'ai vu, j'étais vraiment heureuse de te voir si belle et si épanouie. Mon expression à du se traduire sur mon visage, a en croire le sourire qui illumine le tien. Tu t'avances vers moi, et tu me prends dans tes bras. Que d'émotion. Ton parfum n'a pas changé. Il m'aurait manqué, sinon. Il y a des choses qui ne doivent pas changer, car cela perturberait un certain équilibre. Ton parfum en faisait partie.
____ On flâne sur les lieux qui ont fait notre passé. Certains me font revivre des moments de bonheur intenses, et d'autres me donnent envie de me jeter d'un pont. C'est fou l'amour. Tu me regardes dans les yeux, voyant ma souffrance émergée. Lentement, mais surement, la tienne émerge aussi. Parfois ça fait du bien de se faire du mal . Là, ce n'est pas le cas. On est en train de se faire violence, pour percer l'abcès. C'est ne pas par plaisir qu'on le fait, mais par obligation. Je veux des nouvelles bases, de solides cette fois. On a jamais aimé la facilité, toi et moi. On aime se compliquer la vie, jusqu'à l'extrême. La complexité de notre relation nous a aidé à oublier notre souffrance pendant un temps...
- Tu dois pas aller bosser ?
- Sympa Lena, à peine on se retrouve que tu veux te débarrasser de moi.
- Mais nan, tu comprends vraiment rien parfois.
- Pourquoi tu dis ça ?
- C'était une façon subtile de te demander si tu bossais.
- T'es tellement subtile que j'ai du mal à te comprendre. Je ne sais pas lire entre les lignes.
- Moi non plus. C'est bien dommage.
- Pour répondre à ta question, oui je bosse. J'suis photographe pour un journal.
- C'est cool ça. T'as toujours eu un talent pour la photo.
- Et toi ?
- Après avoir fini mon école d'art, j'ai fais une exposition, ça a bien marcher. Je vis bien depuis.
- Tu peins toujours ?
- Ça dépend. Ça fait longtemps que j'ai pas peint. C'est horrible je peins presque plus par plaisir.
- Tu peins pour l'argent. Ça gâche tout ton talent, Lena.
- Je sais et toi aussi en prenant des photos pour un stupide journal, tu pourrais tellement plus.
- Pas faux. On se gâche toutes les deux, mais bon, on vit bien quand même.
____ On se gâchait. Ce n'est pas que ne nos emplois respectifs nous ennuyaient, c'est plutôt qu'ils ne nous correspondaient pas. On était pourtant plus ambitieuses avant. Mais, dans la vie on fait pas toujours ce qu'on veut. Faut bien vivre et subvenir à ses besoins. Ensemble, on menait une vie d'artiste. Seules, on vit une vie monotone. Ce n'est pas nous. On voulait et on veut une vie pleine d'action, pleine d 'émotions... On s'éreintait à vivre cette vie bien rangée, qui nous insurge. On est pas malheureuses, mais on a toujours voulu le meilleur toi et moi. On voulait et on veut le beurre, l'argent du beurre, la baratte, et le cul de la crémière. J'espère que le cul de la crémière ne s'immiscera plus entre nous. Il y en a eu un bon paquet de crémières quand même. On était vraiment inconscientes, pas folles, inconscientes. On se plaisait dans notre souffrance. On était masochistes, des vraies masochistes. J'espère que l'on s'est calmées sur ce point-là. Je pense qu'on a passer l'âge de faire ce genre de choses. On est assises sur le banc de note enfance. Le lieu qui nous symbolise le mieux. On y a passer du temps, des journées entière même, sur ce vieux banc déglingué, à se moquer des passants. Des soirées à écouter de la musique, en buvant une ou deux bouteilles de vodka et rentrer le plus discrètement possible chez toi. Chez toi. J'adorais ta chambre, on y a passé d'intenses moments. Certains sont inavouables et inoubliables. D'autres sont joyeux. Et d'autres encore sont d'une tristesse inexplicable.
- Tu penses à quoi ?
- A nous.
- En bien ou en mal ?
- Ça dépend des fois.
- Et là ? C'est la bonne fois ?
- Plutôt oui.
- Raconte !
- Pas en public. C'est trop honteux.
- On est plus à une honte près, tu crois pas, nan ?
____ Tu n'as pas tort, loin de là. Je ne peux imaginer le nombre incalculable de fois où l'on s'est donné en spectacle involontairement ou non toi et moi. C'était le bon temps... Maintenant, on ne le referai plus. Ou alors en moins extrême. On se doit d'être convenable, d'avoir un peu plus de retenue. C'est dommage. La vie nous a fait perdre notre insouciance... Le temps et la distance ne sont pas que positifs pour nous. On regarde les gens défiler, s'afférer, déambuler devant nous, et ça nous fait toujours autant rire. On court tous pour quelque chose. Le plus important n'est pas de savoir où l'on court, mais pourquoi on court. On s'est beaucoup coursé toi et moi, dans le passé. Je crois, que l'on est en train de se (re)trouver.
____ Tu glisses timidement ta main dans la mienne, et ça me fait sourire. Où est-elle passée cette grande confiance ? Je te fais peur subitement ? Pourtant hier soir, je sais que tu mourais d'envie de m'embrasser. Je te ne te le dis même pas, parce que tu sais que j'ai raison alors tu niera, comme toujours. A moins que tu es changé là-dessus ? Je ressers ta main dans la mienne. Tu détournes ton regard vers le mien et me regarde intensément. Lourd silence. Entre nous un silence est toujours de bonne augure. Tous les mots que l'on pourrait utiliser, serait désuets et obsolètes à nos sentiments. C'est surement exagérer mais quand on aime, on accorde d'importance qu'à la personne que l'on aime. Malgré les années passées, mon amour n'a pas cessé. Et ça tu le vois dans mes yeux...
____ Tu détaches soudainement ton regard du mien. C'est vrai que mon regard a changé, il est surement plus dur. Pendant ton absence la vie ne pas épargnez et pourtant j'ai continué d'y croire. Je pense qu'elle n'a pas été facile pour toi non plus. Quand c'était vraiment trop dur, je pensais à toi et mon sourire revenait instamment. Ou je regardais notre étoile. Elle brille tellement, comment ne pas la voir ?
- C'est pas juste, Lena ! Regardes ces gosses, on devrait être comme eux !
- Comment ça comme eux ?
- T'as vu leurs sourires niais scotchés sur leurs lèvres.
- C'est vrai, que ça met la rage. On avait le même sourire niais avant nous aussi. Mais tu verras, quand ils auront notre âge, ils feront la même gueule que nous.
- Tu crois ?
- J'en suis sûre. La vie ne les épargnera pas. Regarde nous !
- Ouais, c'est vrai qu'elle s'est bien acharné sur nous, cette connasse.
- Faut dire qu'on la beaucoup aidé aussi.
- C'est pas faux.
- C'est pas facile, hein ?
- C'est dur la vie.
____ Deux sourires s'esquissent sur nos lèvres. Ces deux dernières phrases qu'est-ce qu'on a pu les répéter. C'était notre hymne. Faut qu'on change de disque. Maintenant, on sait que l'on sait que ce n'est pas facile la vie, on peut essayer de la vivre correctement. Parce que même aujourd'hui on est pas totalement heureuses, et on le sait. Rien ne nous dit qu'ensemble on le sera. On lance un défi à la vie. Et surtout à nous-mêmes. Un cap ou pas cap d'arrêter de « jouer » ? Cap ou pas cap de s'aimer sans se faire souffrir ? Cap ou pas cap de grandir ?